Le disque compact, une arme contre les droits d’auteur

Le disque compact, une arme contre les droits d’auteur


Par Charles Giguère

(C) 2004 - Tous droits réservés par l'auteur


L’industrie musicale est en crise, une crise croissante qu’il est impossible de stopper, enfin pour l’instant.  Pourquoi ? Parce qu’elle est aujourd’hui à la merci de la technologie, le jumelage entre la puissance incroyable de nos ordinateurs personnels et du réseau Internet, qui les relie presque tous ensemble pour n’en faire qu’un, a donné naissance à des formidables réseaux de distribution de matériel électronique.

Ces réseaux de distribution points à points (P2P), nés de la popularité du célèbre Napster, sont des réseaux, des canaux à l’intérieur du réseau Internet.  Kazaa, Morpheus, eDonkey, Grokster ne sont que quelques exemples de logiciels servant de porte d’entrée à ces réseaux. Leur unique but est de faciliter l’échange de fichiers en les répliquant à des milliers d’exemplaires sur les ordinateurs personnels.  Les réseaux P2P ont rapidement pris de l’ampleur et sont devenus des plates-formes d’échanges de fichiers musicaux et de logiciels, ils sont devenus des plates-formes de piratage de matériel électronique.

L’industrie du disque est la principale victime de ces réseaux P2P, ses pièces musicales converties en fichier MP3 constituent la majeure partie des échanges de fichiers.  Même les ordinateurs ne disposant pas d’une connexion Internet haute vitesse se régalent de ces fichiers MP3 qui ne pèsent qu’entre 2 et 3 mégaoctets, il ne suffit que de quelques minutes pour obtenir illégalement une copie presque parfaite d’une pièce musicale.  Pour ceux qui disposent de la haute vitesse, on peut obtenir en quelques minutes un album complet.

La puissance de nos ordinateurs personnels jumelés aux techniques de compression sonores et des formidables réseaux P2P ont formé, en quelques années seulement, le plus extraordinaire réseau de distribution que l’industrie du disque ait connu à ce jour, bien malgré elle. 

La porte d’entrée à ce nouveau réseau de distribution est le disque compact.  Il suffit d’insérer un CD dans votre ordinateur et en quelques minutes vous obtenez les fichiers MP3 de votre album.  Glissez simplement, en un seul petit clique et mouvement de souris, ces fichiers MP3 dans le dossier de partage d’un réseau P2P, et voilà l’album distribué gratuitement à la planète toute entière.

La technologie du disque compact est révolue, dépassée; elle a permis le passage de la musique au numérique, mais elle ne possède aucun mécanisme de protection numérique des droits d’auteur, absolument aucun.  Bien que certaines grosses maisons de disque, Sony par exemple,  aient investis des millions pour trouver des moyens pour protéger la copie du disque compact, toutes les tentatives ont été des échecs lamentables.

L’industrie du disque n’a pas le choix, elle doit accepter le virage technologique et tuer le disque compact; elle doit accepter de distribuer sa musique autrement, en prenant la voie des fichiers numériques protégés, des fichiers qui garantissent (jusqu’à un certain point) les droits d’auteur contrairement au disque compact et au format MP3.

Malheureusement ce virage ne peut se prendre du jour au lendemain, les nouveaux formats de fichier qui protègent les droits d’auteur viennent tout juste de faire leur apparition.  Apple a son format et elle offre iTunes pour distribuer les fichiers musicaux protégés avec sa méthode; Microsoft a également la sienne et elle sortira bientôt un logiciel pour concurrencer iTunes.  De grosses compagnies se lancent également dans la vente de musique en ligne (ex. WalMart), la plupart utilisent des formats de fichier protégeant les droits d’auteur (par exemple, soit le format d’Apple ou celui de Microsoft), pas le format MP3.

Ce nouveau mode de distribution est encore très jeune, trop jeune, le vide technologique se comblera lentement, les produits pour lire les fichiers musicaux protégés (ex. iPod d’Apple) sont encore très peu nombreux contrairement aux lecteurs MP3 qui n’offrent aucune protection. Les réseaux P2P ne représenteront plus une menace, mais un formidable réseau de distribution, les fichiers étant protégés, les utilisateurs devront payer une licence pour acquérir la musique téléchargée.  L’industrie musicale est dans un « entre-deux », cela signifie quelques années encore difficiles pour les artisans de la musique.

Oui, l’industrie de la musique doit abandonner à moyen terme le disque compact, elle doit choisir un format de fichier numérique protégés, la source de sa musique ne doit plus être le disque compact, maintenant devenu un medium qui s’est retournée contre elle.