Suite à la parution de l'article «Est-ce que Bill Gates est un Génie ?», plusieurs personnes m'ont gentiment fait parvenir le texte de l'histoire racontant comment IBM avait choisi Microsoft pour concevoir le DOS.
La plupart des gens répètent l'histoire qu'ils ont vue dans la série diffusée sur PBS «Triumph of the Nerds», par Bob Cringley (avec quelques variantes). Cette série est appelée «Accidental Empires» dans les marché étrangers (Autralie et Europe). Elle est basée sur le livre de Cringley «Accidental Empires : How the Boys of Silicon Valley Make Their Millions, Battle Foreign Competition, and Still Can't Get a Date» (Les empires accidentels ou comment les petits gars de Silicon Valley ont fait leurs millions, battus la compétition étrangère et ne peuvent toujours pas se faire de petites amies). C'est un bon livre et, oui, j'ai vu la série également -- les deux sont excellents. La série est presque aussi bonne que le livre, elle capte l'attention du spectateur avec de bonnes entrevues.
Une autre version de cette histoire (légèrement différente) est racontée dans le livre de Steve Levy «Hackers». Le livre de Levy est un peu plus mordant et long, mais je le préfère -- et il n'est pas aussi sensationnaliste (alors j'ai plus tendance à le croire). La plupart des gens préféreront probablement le livre moins technique de Cringley. Les deux livres sont excellents et recommandées pour les gens qui s'intéressent aux débuts de l'histoire des micro-ordinateurs.
Voici en gros ce que dit la version de Cringley. (Lisez la version originale pour en savoir plus, ne faites pas seulement me croire sur parole).
IBM cherchait un système d'exploitation pour leurs ordinateurs qu'elle venait de concevoir à la va-vite. IBM n'avait pas le temps de concevoir ce système d'exploitation elle-même (IBM conçoit des produits lents et surabondants d'ingénierie). Alors elle est partie à la recherche. Certains motifs lui ont fait croire que Microsoft avait conçu CP/M (la version standard du DOS de cette époque). Lorsqu'elle rencontra Microsoft, Bill Gates dit «Oh! non, je ne vends pas de système d'exploitation, allez voir Gary Kildall de Digital Research». IBM se rendit chez Digital Research, mais Kildall les avait snobés et avait quitté en avion. Personne d'autre de la compagnie n'avait l'autorité pour signer un accord. IBM se sentit offensée et retourna voir Microsoft, qui décida de prendre en charge le système d'exploitation. Gates acheta un produit de la compagnie Seattle Computer Products (qui était une copie du CP/M), Gates venait d'entrer dans le marché du DOS.
Sans vouloir offenser, cette histoire sent mauvais à plusieurs niveaux. Ça ressemble à ce qu'IBM ou Microsoft auraient raconté -- et en autant que je sache, c'est eux que Cringley a interrogés au sujet de cet événement. J'ai entendu des plaintes (à travers les branches) de la part de ceux qui étaient chez Digital Research au moment de l'événement.
Le premier problème que j'ai avec cette histoire concerne Bill Gates. Ce n'est pas le genre de type qui craint d'entrer dans le marché des autres -- et ainsi repousser une occasion d'affaires. Cette histoire sent mauvais car elle implique que Bill Gates aurait repoussé IBM et n'aurait tenté de leur vendre que le Basic (et ainsi rater une incroyable opportunité) -- ça sent vraiment mauvais pour les gens qui connaissent la soif de gagner de Bill Gates. Cette version de l'histoire ne cadre pas du tout avec le caractère de Bill Gates, on doit se poser des questions. S'il a vraiment fait cela, alors il a été idiot (au sens des affaires), et fut très chanceux qu'IBM revint le voir. (Ce qui supporterait encore plus mon article «Est-ce que Bill Gates est un Génie ?»).
Cette histoire (et ses variantes) est la version la plus répandue de ces événements, certaines petites différences subtiles circulent (pourquoi Gary Kildall était absent), mais le fil des événements est le même.
J'étais là à cette époque et j'y ai entendu bien des commérages. J'ai bel et bien entendu les histoires telles que racontées dans les bouquins, mais j'ai entendu également d'autres histoires et détails intriguants, tels que racontés dans les cercles d'utilisateurs et d'initiés de l'époque. J'ai rassemblé toutes les histoires probables et je m'en suis construit ma propre image mentale de ce qui s'est produit. Le problème, c'est qu'elles sont basées sur des commérages et elles ne sont PAS CONFIRMÉES. Voilà pourquoi j'ai hésité à publier cette version sur mon site, cependant, je dois expliquer ce que je sais (même si je ne peux le prouver). Je n'ai pas abrégé mon histoire pour mal faire paraître Gates, je n'ai simplement pas élaboré, car ma version ne s'appui sur aucun fait prouvé.
Encore une fois -- ce ne sont pas des faits historiques, ce sont des commérages. C'est ce que je crois, basé sur ce que j'ai entendu. Les gens ont un tas de raisons de cacher cette histoire, et je ne connais personne qui puisse dire si cette histoire est véridique. Alors prenez cette histoire avec un gros grain de sel.
Un cadre d'IBM (Akers, je crois) et Mary Gates (la maman de Bill) brassaient des affaires avec la United Way. Ils se parlèrent et il fut entendu qu'IBM (qui cherchait un système d'exploitation pour son nouveau micro-ordinateur) devait parler à Bill Gates et Microsoft.
IBM a une politique de rigueur -- ils voulaient vérifier eux-mêmes tous les systèmes d'exploitation potentiels. (Cependant, ce n'était pas leur industrie, alors ils ne connaissaient pas tous les systèmes d'exploitation potentiels). Ils se rendirent chez Microsoft pour une première rencontre avec Bill. Bill leur dit qu'il travaillait sur un système d'exploitation depuis un certain temps déjà, et il serait en mesure de leur montrer un démo très prochainement. (Microsoft se mit alors à chercher quelque chose à leur montrer, et ils achetèrent le QDOS de Seattle Computing).
IBM fut intéressé -- mais ils devaient faire leurs devoirs et vérifier eux-mêmes ce qui se faisait ailleurs. Unix est trop exigent en ressources, et ils ne voulaient pas construire quelque chose de trop puissant (sinon, cela entrerait en compétition avec leurs mini-ordinateurs) -- alors il fut écarté très rapidement. IBM entrait dans le marché des micro-ordinateurs afin de les utiliser en tant que périphériques pour leurs mainframes -- ils n'avaient pas l'intention de dominer le marché des micros. (IBM était reconnu pour jouer avec la puissance des produits afin qu'ils s'adaptent bien au marché). C'est également la raison pour laquelle ils ont choisi le pire des processeurs de l'époque, un processeur Intel, plutôt qu'un TI, Zilog, Motorola ou tout autre processeur plus puissant (ou plutôt que de le construire eux-mêmes). Ils ont également choisi le processeur Intel le plus lent, le 8088, plutôt que le 8086. La principale raison expliquant ce choix, c'est qu'IBM achetait une partie d'Intel (pour une petite somme) -- qu'ils ont revendu plus tard (trop tôt toutefois) en retour d'un profit substantiel.
Gary Kildall était reconnu comme étant un genre de play-boy, sa personnalité était non seulement à l'opposée d'IBM, mais les rumeurs disent qu'il aurait eu une aventure avec la femme d'un cadre d'IBM. C'était un comportement banni chez IBM -- et presque partout ailleurs. Voilà pourquoi Digital Research s'est tenu tranquille sur les véritables raisons (même s'ils dénonçaient le peu d'exactitude de celles racontées par les autres) -- ils ne pouvaient pas dire, «nous n'avons pas obtenu le contrat parce que notre fondateur à le moral et l'intelligence d'un Kennedy ou d'un Clinton».
Lorsqu'IBM se mit à chercher un système d'exploitation, Digital Research (Gary Kildall) n'avait pas la moindre chance d'obtenir le contrat -- à cause de son indiscrétion. Il avait un ennemi chez IBM (le cadre en question), et avait violé leur culture corporative (voué politiquement à l'échec, dans une compagnie politique). C'était aggravé par le fait qu'un autre cadre de haut niveau parlait de «Mary Gates et fiston Bill». Ainsi la visite chez Digital Research n'était qu'une formalité, car Gates leur avait probablement déjà promis mer et monde.
IBM rendit visite à Digital Research qui aurait répondu «donnez-nous un jour afin que nos avocats jettent un coup d'oeil à l'accord». C'est la seule excuse dont IBM avait besoin pour se tirer d'affaires et foutre le camp. Ils ont donné comme piètre excuse qu'ils avaient été offensés, simplement parce que cette excuse était meilleure que l'autre (que la politique était plus importante que la technologie).
C'est un compte-rendu des histoires que j'ai entendu. Rappelez-vous qu'à l'époque Digital Research avait vendu 600,000 copies du CP/M. Microsoft n'avait encore rien à montrer. De plus, IBM, une compagnie traditionnellement TRÈS CONSERVATRICE, avait choisi Microsoft. Quelque chose s'était passé -- c'était probablement beaucoup plus substantiel que le seul fait que Digital Research ait demandé du temps pour revoir l'accord. Un tas de questions demeurent sans réponse. Le commérage sur Kildall rempli trop bien les espaces vides. C'est beaucoup plus logique que les versions «officielles» racontées par IBM et Microsoft.
Rappelez-vous, ce sont des choses que j'ai rapiécé à partir de rumeurs et d'histoires qui couraient à cette époque (ou peu de temps après). Utilisez votre scepticisme critique et considérez cette version comme fausse (ou non prouvée) jusqu'à ce que la vérité éclate. Le fait que je crois cette histoire ne devrait pas vous influencer, je vous ai raconté cette histoire pour vous dire pourquoi je ne suis pas complètement d'accord avec la version racontée dans Accidental Empires.