Dans les premières années [1960], il existait une tour d'ivoire [métaphoriquement parlant]. Les ordinateurs étaient énormes - de la taille d'un réfrigérateur, avec un autre réfrigérateur (ou quatre) tout près pour les lecteurs de bandes magnétiques, de l'espace de stockage supplémentaire et un système de refroidissement - et ils coûtaient une fortune. La tour d'ivoire était habituellement une pièce verrouillée, entourée de verre, avec l'air climatisé, un plancher surélevé, des extincteurs de feu à l'argon, et de constants vrombissements et cliquetis qui empêchaient les gens d'entendre ce qui s'y disait. C'était le domicile de «l'élite des gardiens de l'ordinateur» [les grands prêtres informaticiens et techniciens des ordinateurs] - les ordinateurs ne pouvaient pas être compris de n'importe qui, après tout.
Si vous vouliez faire quoi que ce soit avec l'ordinateur, cela vous deviez supplier les grands prêtres de la tour d'ivoire (habituellement en criant à l'extérieur de la pièce), «Je vous en pris, grand maître, pourriez-vous m'accorder plus d'espace de stockage, me permettre d'exécuter ce programme ou me donner plus de temps» (1). C'était la belle époque...si vous aviez la chance de faire partie des gens de l'informatique qui contrôlaient l'ordinateur - c'était chiant d'être un utilisateur.
(1) Oui, même votre temps passé sur l'ordinateur était partagé avec d'autres personnes -- à la fois en temps global et la quantité de temps (d'attention) que l'ordinateur vous accordait. Il ne vous était permis d'effectuer un temps total de travail, ou avoir autant de performance, que ce que les prêtres croyaient utiles pour vous. Puisqu'ils étaient arrogants, ils croyaient être les seuls à faire du travail de valeur, ils ne vous donnaient que les restes de table pour ne pas que vous dérangiez leurs «travaux». (Plusieurs jeux d'ordinateur furent développés et testés par les gens de l'informatique de cette époque).
Puis les années 70 arrivèrent -- avec ses cheveux touffus, la mode de mauvais goût et le «micro-ordinateur». Ces «petits» ordinateurs étaient trop petits et pas chères (relativement), à peu près tout le monde pouvait en posséder un et le contrôler. Les types de l'informatique ridiculisaient ces petites machines pathétiques et croyaient que personne ne pouvait faire du bon travail avec elles - ils croyaient que les utilisateurs avaient besoin du contrôle paternel et de la «protection» des informaticiens (tout comme la forme de «protection» offerte par la mafia). À l'intérieur d'une décennie, le monde de l'informatique s'est complètement retourné - les micros (PC) étaient tout aussi libérateurs qu'un soutien-gorge brûlant qu'on enlève-- et sont demeurés intouchables pendant presque tout ce temps.
Les PC permettaient aux utilisateurs de configurer leur propre machine et de contrôler leur propre destin - plus besoin de supplier, c'était la LIBERTÉ ! Les utilisateurs pouvaient installer des applications et ajouter de l'espace de stockage EUX-MÊMES - ils n'avaient pas à partager leurs ressources informatiques! C'était fantastique, c'était merveilleux, c'est terminé.
Le problème c'est que les gens qui contrôlent l'industrie du micro-ordinateur -- des compagnies comme IBM et Microsoft, et tous les types de l'informatique -- ne voulaient pas céder du pouvoir aux utilisateurs, ils voulaient le pouvoir pour eux seuls. Ils étaient capables de faire évoluer le simple concept des «ordinateurs pour tous» en des systèmes complexes requérant des spécialistes pour savoir comment... Ceux qui contrôlent l'industrie trompent la réalité pour qu'elle s'accorde avec leurs buts, «les ordinateurs contrôlés par certains d'entre nous».
Cette tendance a fait en sorte qu'après plusieurs années les ordinateurs sont redevenus très complexes, nous sommes donc revenus à cette tour d'ivoire de prêtres pour obtenir de l'aide (maintenant Bill Gates pourrait se permettre d'avoir sa tour plaquée en or et ils le vénéreraient tous et lui paieraient une dîme). Cette tendance peu encore empirer - maintenant nous sommes sur le point de créer le NC (Network Computer, ordinateur réseau) avec ses serveurs centraux, le stockage central, le contrôle centralisé et une poignée «d'administrateurs» (un euphémisme populaire désignant «les prêtres de la tour d'ivoire»).
Mais avant d'être trop cynique et ténébreux, examinons certaines choses --
Vous pourriez être surpris.
Rappelez-vous, ce sont des généralisations. Véridiques dans l'ensemble -- mais qui ne s'appliquent pas aux individus. Il y a des exceptions dans chaque catégorie.
Il n'y a pas de doute que tout cela a mené à la complexité de tout un marché et de l'ensemble de l'informatique. Il y eut plusieurs facteurs et factions, tous agissants selon leurs propres intérêts. Ce n'est pas vraiment de blâmer, il s'agit seulement de se rappeler de nos erreurs pour ne pas les répéter (ou du moins reconnaître ce qui s'est vraiment passé).
IBM a conçu un PC paresseux, difficile à configurer et en retard sur son temps (qui s'est emparé du marché à cause des trois grosses lettres). IBM a un intérêt certain dans la complexité, parce qu'IBM tire en grande partie ses profits du service de recommandation, d'installation, de maintenance et de configuration des machines. Ça n'avait pas d'importance si c'était mauvais (complexe et mal conçu), IBM faisait de l'argent et avaient ses spécialistes pour «mettre en marche» les machines. IBM ne veut pas faire un «bon» PC -- qui viendrait diminuer les ventes de leur «vrai» ordinateur.
Pendant un bref moment cette complexité n'était pas si mauvaise et comprise de la majorité des mortels -- mais le chaos du marché (et la perte de contrôle par IBM) a garanti que le maelström conquerrait l'ordre. IBM n'a pas cédé le contrôle volontairement, ils l'ont perdu -- mais une fois perdu, il n'y a plus eu de ligne directrice et très peu d'évolution et d'innovation dans les PC. C'était pire que ce qu'IBM avait imaginé. Maintenant tous allaient dans des directions différentes, la plupart des choix se sont avérés les mauvais (alors qu'un était un succès et que tous les autres échouaient). Les gens sont devenus réticents au changement, ou dans toute tentative d'essayer quelque chose de nouveau, puisqu'ils avaient été mordus dans la passé chaque fois qu'ils prenaient une décision. Ainsi ils reléguaient toutes les décisions à des spécialistes (les informaticiens). Les informaticiens évitaient de prendre toutes décisions et attendaient que quelqu'un leur dise quoi faire (généralement Microsoft) -- décisions auxquelles ils se pliaient gracieusement, sûrs qu'elles ne seraient pas bonnes pour les utilisateurs et formidables pour eux (et généralement inoffensives).
Microsoft a fabriqué une mauvaise copie (volé) d'un système d'exploitation paresseux, difficile à configurer et en retard sur son temps. Ça n'avait pas d'importance s'il était mauvais -- il était plus facile à apprendre que l'OS des mini-ordinateurs créé des années auparavant et il avait le support d'IBM (et des milliards de dollars pour le créer). Microsoft ne s'en préoccupe pas, parce qu'ils font de l'argent. Microsoft fait de l'argent en vendant l'OS (qu'IBM a payé, que les consommateurs paient pour être abusés), ils font de l'argent en supportant l'OS et les applications (ainsi ils ont un intérêt direct à les garder complexes), et ils font de l'argent avec les mises à jour qui réparent les choses qu'ils n'ont pas faites correctement en premier lieu (alors ils s'assurent de concevoir de la complexité et des erreurs, ce qui signifie des profits). Ce n'est pas malveillant, il n'y a que trop de récompenses associées à leurs actions -- et ils vendent un produit que les informaticiens veulent. Que le reste d'entre-nous n'en veulent pas n'a pas d'importance, puisque nous ne faisons que dire que nous n'en voulons pas, nous continuons de l'acheter de toute façon.
La presse n'a pas de cervelle, elle écoute les conseils des informaticiens (et non pas ceux des consommateurs). Imaginez la presse comme une bande de jeunes collégiens attendant ardemment en ligne une joyeuse fessée, anticipant leur tour avec allégresse afin qu'ils deviennent comme les autres. La presse est responsable de ne rien faire pour trouver une solution au problème, elle est incapable de comprendre les dispositifs complexes comme la roue, encore moins les ordinateurs. Alors elle écrit ce que les autres pensent (ou ce qui leur a été dit de penser) et vend ces idées comme les siennes.
Les informaticiens aiment les ordinateurs qui sont difficiles à utiliser -- et ils détestent les Macs parce qu'ils donnent plein de pouvoir aux utilisateurs -- sécurité d'emploi oblige. Ils ne cessent de demander PLUS de fonctionnalités et plus de complexité (et non pas de meilleures fonctionnalités ou de la simplicité). Microsoft n'a pas été malveillant en pourvoyant à ces buts -- seulement brillant (en affaires). Microsoft a été plus qu'heureux de baiser les utilisateurs avec cette complexité et des fonctionnalités inutiles parce que tout ça signifie des ventes -- parce que c'est cette complexité que les informaticiens voulaient. La plupart des utilisateurs ne veulent pas de complexité et ils n'utilisent que le un millième des fonctionnalités disponibles dans un produit comme Microsoft Office, mais qui s'en préoccupe ? Cette complexité permet de garder les utilisateurs asservis aux informaticiens pour configurer et maintenir leurs machines (et répondre aux questions). Les informaticiens ne sont passés que des gardiens de l'ordinateur central aux maîtres du réseau et de TOUS les ordinateurs personnels (et des logiciels). Maintenant ils vont nous faire évoluer là où nous avons débuté.
Les utilisateurs ont choisi de se faciliter la vie en abandonnant leur liberté de choisir. Nous avons choisi de laisser les autres penser pour nous et nous avons obtenu ce que nous méritions. Nous avons décidé que les ordinateurs étaient trop complexes, alors on a laissé les autres s'en occuper.
C'est évident que les informaticiens (la tour d'ivoire, les intellectuels de la technologie) voulaient se sentir supérieurs et avoir une valorisation et une sécurité dans leur emploi. Ils allaient acheter des logiciels et des systèmes qui n'étaient pas les plus faciles à utiliser, ni les meilleurs pour les tâches à accomplir -- ils choisirent ce qui était le mieux pour EUX (ce qui signifiait souvent le pire pour les utilisateurs et pour la compagnie en général). Ironiquement, les compagnies ont récompensé les mauvaises décisions en accordant plus de pouvoir aux informaticiens, plus d'argent et plus de contrôle -- jusqu'à les faire évoluer d'un service aux utilisateurs vers un contrôle des utilisateurs (et faire les choix en informatisation pour la compagnie). C'est à peu près comme permettre au renard de concevoir les plans de votre poulailler et de le payer pour le nombre de poulets perdus.
Le plus de connaissance ésotérique vous aviez besoin pour utiliser un ordinateur, plus valorisant se trouvait être l'élite informatique. Le savoir-stupide (2), comme avoir à connaître le config.sys ou autexec.bat, leur permet de se sentir PLUS valorisés et supérieurs -- ainsi ils prospèrent. Microsoft a pourvu à cela. Mais ni Microsoft, ni les informaticiens, sont les plus gros collaborateurs au problème.
(2) Le savoir-stupide est le nom que je donne pour la connaissance de quelque chose qui n'a aucune valeur (et qui ne devrait pas en avoir). Comme savoir comment réparer le fichier config.sys sur un PC (ou les centaines de choses du même genre). L'ordinateur devrait lui-même savoir comment configurer ces choses, certains ordinateurs le font (comme les Macs). Alors posséder les connaissances que vous ne devriez pas avoir (et que personne n'a besoin) si les choses étaient conçus correctement, n'a aucune valeur. Ça rend les gens qui connaissent ces choses importants ou «brillants», alors que la réalité c'est que s'ils étaient brillants ils n'auraient pas à connaître ces choses dès le départ (en choisissant des systèmes qui ne le requière pas -- lorsque c'est possible). L'IBM-PC (et les clones) sont les champions du savoir-stupide -- ça va des micro-interrupteurs (dip switches) jusqu'à espérer de l'utilisateur qu'il sache (ou se préoccupe) de la carte vidéo, de la carte de son, ou de la vitesse du CD-ROM qu'il possède (etc.).
Les informaticiens ont fait ce qui était dans leur meilleur intérêt. Microsoft a fait des applications qui devaient se vendre aux informaticiens. IBM et Microsoft ont conçu de mauvais systèmes qui leur ont fait faire de l'argent en support et mises à jour. Mais nous sommes les gens qui doivent être blâmés (les utilisateurs).
Les utilisateurs obtiennent exactement ce qu'ils demandent chaque fois qu'ils consultent les informaticiens pour du support, ou chaque fois qu'ils achètent un produit qu'ils savent être mauvais (ou ils sont trop ignorants pour savoir qu'il est mauvais), ou chaque fois qu'ils délèguent une décision d'achat à quelqu'un d'autre (ou achètent ce que quelqu'un d'autre a acheté, parce que c'est plus facile que de réfléchir eux-mêmes).
Je ne sais pas -- dites-le moi. Je crois que nous contrôlons encore notre destiné et que nous devrions (et pouvons) choisir notre propre futur.
Si on veut être réaliste, ce n'est pas si ténébreux ou voué à l'échec.
Ça prend du temps pour qu'un marché arrive à maturité. Tout au début, les voitures étaient un jouet complexe -- avec des étrangleurs et démarreurs manuels (que seul un homme pouvait opérer, et ça pouvait vous tuer si vous n'étiez pas prudent) -- ça ressemble à Windows pour moi. Ça a pris des décennies avant d'en arriver aux démarreurs et transmissions automatiques, c'est ce qui a permis à la voiture de devenir un moyen de transport -- et c'est ce qui a permis de rendre les voitures accessibles à plus de gens (comme les femmes et ceux qui n'étaient pas bricoleurs). Nous sommes encore au début de l'informatique -- et en route vers une formidable période de maturité. Ça viendra, et on ne peut l'arrêter -- les informaticiens et les fausses opinions du public peuvent le ralentir, mais ça viendra. Dans 10 ou 20 ans les ordinateurs seront des «appareils» faciles à utiliser.
Il y a déjà un petit nombre de ces nouveaux types d'ordinateurs qui viennent d'arriver sur le marché et qui tendent vers cette facilité d'utilisation. Ce sont les NC, les PDA et les NPC. Le marché se scinde en ordinateurs spécialisés (plus de choix) et cela signifie une plus grande facilité d'utilisation dans l'accomplissement de certaines tâches.Si des appareils comme le eMate ou d'autres ordinateurs spécialisés viennent à percer, alors ce sera la preuve que les gens veulent moins de complexité et le marché y répondra. Heureusement, les consommateurs sont suffisamment avertis pour faire les bons choix.
Les NC sont la preuve que nous abandonnons plus de notre liberté aux gens de l'informatique. Mais c'est également un moyen d'éviter la complexité pour les utilisateurs. Laissez les spécialistes gaspiller leur temps sur le savoir-stupide et les complexités des systèmes et rendre notre vie informatique plus facile, afin que nous puissions faire du bon travail. Ça a du sens dans un environnement corporatif où vous avez l'équipe pour s'occuper de vos problèmes à votre place.
Les NC représentent un moyen de réduire les coûts d'administration et rappelez aux gens de se concentrer à faire leur boulot plutôt que de passer tout leur temps à configurer et reconfigurer leur machine. Les NC ne remplaceront pas plus nos ordinateurs personnels, que le transport public (autobus, trains et avions) ont éliminé le besoin et le désire d'un transport privé (voitures, motocyclettes et petits avions). Il y a de la place dans ce monde pour les deux, et un besoin pour les deux -- chacun a ses avantages et ses inconvénients.
Les NC ne sont pas un seul produit pour un seul marché -- pas plus que les ordinateurs ne le sont. Les NC sont plus un changement de philosophie de l'informatique -- de systèmes complexes généralisés qui tendent à tout faire (et ainsi ils ont la complexité qui leur permet de s'occuper de 10,000 tâches différentes), vers des ordinateurs spécialisés qui sont taillés pour bien réaliser des tâches spécifiques, et satisfaire différents marchés. En fait, la complexité d'assembler un réseau de NC sera probablement moindre que celle d'installer un seul ordinateur d'aujourd'hui.
Malgré nos faux pas du passé, le marché de l'informatique se met au parfum. Les utilisateurs deviennent plus raffinés et apprennent à garder les yeux sur leur but. Malgré l'augmentation de la complexité des ordinateurs, les coûts ont plongé (alors que la performance a grimpé en flèche) -- et le marché s'éveille au fait que la facilité d'utilisation est une valeur. Alors les ordinateurs deviennent de plus en plus faciles à utiliser, même s'ils deviennent plus complexes.
J'ai ainsi grand espoir dans le futur -- malgré les faux pas du passé.